Les Armées s’allient à plus de 80 fonds de private equity pour l’effort de défense
La Direction générale de l’armement a donné le coup d’envoi ce lundi au nouveau club des investisseurs dans la défense afin d’attirer des capitaux vers les 4.500 start-up, PME et ETI de la base industrielle.
Nouvelle coalition tricolore pour le financement de la défense. « A guichets fermés » ce lundi après-midi, avec près d’une centaine de participants, la Direction générale de l’armement (DGA) a donné le coup d’envoi à son cercle d’investisseurs « alliés » dans la base industrielle de 4.500 start-up, PME et ETI.
Un club de l’ordre de 80 fonds de private equity partenaires approchés ces derniers mois par les Armées appelés à drainer de nouveaux capitaux vers les pépites d’IA, du quantique et les sous-traitants industriels du terrestre, du maritime et de l’aérospatial.
« Mise en relation » entre offre et demande de capitaux, points sur la situation géopolitique et les engagements militaires français, orientations industrielles du ministère, visites des centres de la DGA, de start-up et d’entreprises de la défense doivent nourrir désormais un dialogue actif sur le long terme entre les pouvoirs publics et les investisseurs en capital. Les fonds membres en retour devront s’engager à la « transparence » et à sécuriser le bilan des entreprises.
Parmi les premiers signataires figurent les « pro défense » d’avant la grand-messe du 20 mars à Bercy, et même d’avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, quand le secteur était jugé anti-ESG : le réseau « Défense Angels », le fonds Eiréné de Weinberg Capital, ou encore Tikehau, qui vient de donner le coup d’envoi à un nouveau fonds pour les épargnants particuliers. A leurs côtés figure également ISALT, du Fonds stratégique de participations porté par les assureurs, qui vient de réinjecter des capitaux dans Eutelsat et lance un nouveau fonds défense.
Structure financière agressive interdite
Tous ont accepté de signer une charte les engageant vis-à-vis des entreprises de la défense à soutenir leur croissance à long terme, en d’autres termes à investir de façon continue et non à couper les vivres en fonction du vent.
Autre condition importante, les gérants du private equity signataires promettent de ne pas mettre en place des structures de financements agressives qui viendraient obérer leur développement et de là plomber leur trésorerie et leurs capacités d’investissement, une crainte potentielle des entreprises vis-à-vis des fonds. Les investisseurs signataires assurent enfin soutenir un strict respect des règles de gouvernance, des salariés et des administrateurs indépendants, et à être vigilants sur les enjeux de respect des règles de conformité et d’anticorruption.
Marqueur important de la mobilisation, le fonds Ardian vient soutenir l’initiative. Après le processus très tendu autour de la vente de Photonis qui a débouché sur un véto à la cession de l’américain Teledyne en 2020, l’appui de la société d’investissement présidée par Dominique Senequier envoie un signal fort à l’écosystème du private equity. Les risques de blocage de l’administration et la politisation de certains dossiers sont depuis longtemps l’un des principaux freins à l’investissement du private equity dans la défense. Plusieurs autres dossiers ont fait l’objet de veto (Segault et Velan SAS) ou d’exigence d’investissement en actions de préférence (Exxelia). L’issue de la vente de LMB, en cours d’instruction, à un acteur américain, est d’ailleurs encore en suspend.
Transparence de l’Etat sur les cessions
Grâce au dialogue désormais précoce engagé avec la DGA et les pouvoirs publics dans le cadre du club, Ardian et les autres investisseurs du private equity escomptent une plus grande lisibilité des processus de cession à venir. La charte, considèrent-ils, engage aussi les pouvoirs publics à la transparence et à la visibilité sur un cadre d’investissement stable, en dehors de toute pression politique.« La charte permet d’établir des engagements de façon bilatérale et de respecter tant les priorités du ministère des Armées que les exigences de nos investisseurs », commente Mathias Burghardt, directeur général délégué, et vice-président comité exécutif d’Ardian.
« En entamant un dialogue précoce avec la DGA et les pouvoirs publics, nous serons en capacité d’anticiper les contraintes et les voies de cession ultérieures, à la fois conformes aux exigences de sécurité nationale, et lisibles et indépendantes de toute considération éventuelle d’agenda politique », ajoute le dirigeant.
Dans la défense, Ardian va soutenir l’initiative non pas au travers d’un fonds dédié, mais au travers de son dernier véhicule d’investissement dans les semi-conducteurs. L’enjeu de souveraineté de ces composants électroniques est devenu majeur en raison de la guerre commerciale et des tensions géopolitiques actuelles. « De manière générale, la croissance des budgets de défense va induire une part croissante de la part de revenus de nos participations dans la défense, souligne Mathias Burghardt. Des drones à la surveillance du champ de bataille par IA, la guerre en Ukraine a mis en exergue le rôle central de l’innovation dans ces investissements».
Anne Drif

